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#2
Été 2021
 édito   La D902 est déserte ce soir-là. Il est 21 heures, et c'est couvre-feu en Savoie comme ailleurs. Autour de moi, la pénombre a gagné tous les versants de la montagne, donnant au paysage une atmosphère digne d'un polar. Quant à mon autoradio, il crachouille trop souvent au point de m'inciter à couper définitivement le son. Cela tombe à pic car vient de s'achever un débat sur le woke (« éveillé » en bon français), un mouvement dont le leitmotiv est de maintenir un état d'éveil face à toutes les injustices et toutes les inégalités comme le racisme, le sexisme ou l'environnement. De nobles ambitions sur le papier sauf que prévalent apparemment le plus souvent sectarisme, simplisme et manichéisme. Des « isme » que j'abhorre en homme libre et curieux de tout. La réalité est toujours plus nuancée.

Sur la route, mon esprit continue néanmoins de s'échauffer, et ce malgré les vitres que j'ai ouvertes afin de faire souffler un air glacial sur mon crâne, histoire ainsi de rester éveillé (à ma façon !). Il faut dire que je viens de m'enquiller près de 1 200 kilomètres. La Bretagne, Dinard et les bords de la Rance ne sont d'ailleurs plus que de lointains souvenirs. Quant à ma route, elle s'est sérieusement cabrée depuis Bourg-Saint-Maurice, m'obligeant à suivre des virages en épingle à cheveux, et m'imposant de facto une vigilance absolue. Direction la station de Val d'Isère, 1 850 mètres d'altitude en bas des pistes. Je pars là-haut pour officier comme « Monsieur Loyal » d'un événement réputé dans le milieu : le Festival international du film Aventure & Découverte. Malgré un contexte sanitaire anxiogène, les organisateurs ont tenu bon, bravo ! De mon côté, je n'en mène pourtant pas large. Je pars y remplacer un homme de plume et d'action, qui excelle sur scène lors de chacune de ses interventions. Le public raffole de ses bons mots, de ses références littéraires et philosophiques, de ses anecdotes et autres aphorismes, qu'il a le secret de balancer avec tact et à propos. Écrivain-voyageur adulé, Sylvain Tesson est une « vedette ». Lui succéder est un cadeau empoisonné.

Les pensées se bousculent dans ma tête à mesure que je m'approche de « Val » comme disent ses habitués. Subitement, à la sortie d'un tunnel je manque de faire un tout droit dans le ravin voisin afin d'éviter une grosse pierre tombée de je-ne-sais-où au milieu de la route. La traîtresse, si près du but… La suite aurait dû s'écrire au plum', bien au chaud sous la couette. Malgré une immense fatigue, je ne trouve pas le sommeil. Pire, mon cerveau est en ébullition. Je décide alors de partir marcher dans la nuit. Presque à tâtons, je descends la petite route qui me mène en contrebas de la face de Bellevarde. La lune est trop timide pour laisser deviner ses pentes abruptes. Les sommets sont eux aussi invisibles, et encore insondables. Les pieds dans la neige et le nez dans la voûte céleste, je respire à pleins poumons, savourant tout simplement l'instant présent. J'oublie mes 12 heures de route, France Inter que j'ai écouté toute la journée, les partisans du woke ou ceux de l'écriture inclusive, un autre sujet qui me taraude, tant cette écriture nouvelle prétend lutter à bon escient contre la domination du masculin sur le féminin. Balivernes ! Là encore, simplisme et bon sentiment font mauvais ménage, occultant des pans entiers de nos particularismes. L'ère est à l'hygiénisme de la pensée, beurkh !

Le froid piquant et vivifiant va heureusement calmer le flot tumultueux de mes réflexions. Il est temps maintenant de rentrer au chalet. Demain, et les jours suivants, j'ai à interroger des gens qui aiment à explorer les ailleurs (et de plus en plus les ici). Dans ce numéro 2 d'Embarquements, ils sont amplement mis à l'honneur, des plus médiatiques aux plus anonymes. Là est notre voeu le plus cher, celui de vous proposer de découvrir « le monde tous azimuts » pour piquer votre curiosité et pourquoi pas « rallumer les étoiles ». Cet été, au bivouac, la nuit nous appartiendra enfin, et c'est tant mieux !

Restons forts et inspirés !

Stéphane Dugast
#1
Printemps 2021
 édito   Avec audace, et un brin d'inconscience (diront les esprits les plus persifleurs), nous nous lançons dans cette nouvelle aventure éditoriale, forts de 20 ans de métier dans l'image et dans le récit.

Certes, l'univers de la presse va mal, les actualités du monde sont anxiogènes, mais nous avons eu à cœur avec ce premier numéro d'Embarquements (et les trois suivants) de vous proposer pour l'année 2021 une nouvelle fenêtre sur « le monde tous azimuts ». C'est pour nous un défi stimulant d'autant que l'on mesure mieux, depuis notre campagne participative sur Ulule (un vrai succès, encore merci à vous !), votre soutien, votre générosité mais surtout vos attentes. Bien entendu, nous tiendrons tous nos engagements, dont acte ! Pour l'heure, il y a l'Histoire, celle avec un grand « H », et pleins d'histoires qui ne s'écrivent pourtant jamais en minuscules.

La première sera féérique si l'on découvre bientôt de la vie sur Mars ou ailleurs, mais pour l'heure, elle est souvent tragique comme au Tigré, aux confins de l'Éthiopie, où la population civile, privée de tout et menacée de famine, est la première victime des combats entre armées indépendantiste et gouvernementale. Une histoire poignante que nous raconte le photoreporter Nicolas Cortès. Il a passé plusieurs semaines sur place, et il nous ramène un « grand reportage » à l'ancienne, fidèle à la maxime d'Albert Londres : « Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ».

Des histoires glaçantes, nous vous en proposons également comme celle de Romain, Vandendorpe désireux de battre un record du monde d'immersion dans les glaces. Un défi inutile ? Pas vraiment, l'aventurier nous explique brièvement pourquoi.

Lui aussi s'est battu avec le froid, mais pendant 51 jours, là-bas seul et sans ravitaillement au cœur de l'Antarctique, à destination du pôle sud géographique. Au-delà de sa gueule d'ange, Matthieu Tordeur, l'ex-benjamin de la Société des Explorateurs Français, narre à sa manière la grande aventure, ses valeurs et ses coulisses dans une société médiatisée qui n'a pourtant tendance qu'à retenir l'exploit et les paillettes.

Oui, nous affectionnons les gens de terrain et le passé (celui qui éclaire notre avenir) et nous nous sommes intéressés à une dynastie. Les Piccard, grand-père, père et fils, ont exploré notre planète, du ciel aux abysses, en quête chacun de défis mais surtout de progrès et de sciences. D'autres histoires en lien avec la Nature ne nous ont pas laissés insensibles, à commencer par la quête du sauvage de Camille Poirot, un jeune photographe, qui aime à arpenter, été comme hiver, ses si chères Pyrénées. Parce que la montagne, ça nous gagne, nous n'avons pas oublié l'autre grand massif français avec les Alpes. Pleins feux sur le téléphérique de l'Aiguille du Midi, le plus haut d'Europe, un lieu d'ordinaire fréquenté chaque année par plus de 800 000 visiteurs. Mais ça, c'était avant…

Là-bas, la nature est quant à elle farouche, sauvage, puissante et indomptable, comme à Cherrapunji en Inde avec ses ponts en lianes, ou sur l'atoll de Clipperton, un confetti de notre république mais surtout une île sentinelle du climat de notre planète.

Stéphane Dugast


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