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Été 2026
  au sommaire de ce numéro 21 :
L'ÉDITORIAL DE STÉPHANE DUGAST
La bonne intelligence
 lire l'édito 
Lundi 1er juin, Marseille, Congrès mondial des médias. Les propos du patron du New York Times ont glacé l'assistance. A.G. Sulzberger est formel : pour faire tourner leurs modèles, les géants de la tech paient leurs puces et leur électricité au prix fort, mais ils pillent le travail des journalistes sans verser un centime. Ils aspirent sans vergogne des contenus protégés pour entraîner leurs modèles. Puis, ils fournissent des réponses qui détournent le public des médias originaux.

Le diagnostic est implacable : les journalistes en chair et en os, ceux qui vont sur le terrain, sont inutiles. Outre-Atlantique, 75 % d'entre eux ont disparu en vingt ans. Le recours à l'IA ne fait qu'accélérer l'hémorragie. Dorénavant, pour l'utilisateur – pardon le lecteur – les assistants conversationnels répondent directement à leurs questions, siphonnant de facto la fréquentation des médias en ligne. Une étude citée montre qu'ils enverraient 96 % moins de trafic de référence vers les sites d'actualités et les blogs que la recherche Google « traditionnelle ».

Un futur avec de moins en moins de journalistes devient un fait, alors même que la démocratie repose sur l'existence d'une information première, vérifiée, produite par des humains qui observent, enquêtent, témoignent, jugent et auscultent. Cela n'a d'ailleurs jamais été aussi simple, et rentable, que de remplacer des reporters par quelques prompts (« requêtes » en bon français) capables de produire, en quelques secondes un gloubi-boulga sémantique, une purée de mots recyclés, un compost de phrases attendues, le tout régurgité par des logiciels en roue libre.

Les effets sont dévastateurs. Le modèle économique des médias, déjà exsangue, vacille. À cela s'ajoute un risque majeur : la qualité de l'information. Les assistants IA se trompent souvent. Et même avec aplomb. Ils « hallucinent », comme on dit dans le jargon, mais ne corrigent pas leurs erreurs, contrairement aux journalistes. Pire encore, ils polluent le débat public en relayant des deepfakes (« hypertrucages ») et des contenus polarisants, face auxquels les rédactions survivantes ne serviront bientôt plus que de fusibles.

Soyons honnête, l'IA peut être utile, oui, mais elle concentre un pouvoir immense entre les mains d'acteurs qui n'assument aucune responsabilité économique, démocratique ou éthique. Il suffit désormais d'un ou deux clics, bien assis derrière son écran, pour fabriquer des visuels clés en main : des images sans source ni témoin, mais parfaitement calibrées pour se substituer au réel. Cette révolution technologique menace l'écosystème de l'information. Car tout ça n'est que le début, Nostradamus*…

Organisons dès lors la riposte ! Dans les rédactions, défendons les droits d'auteur, y compris devant les tribunaux. Exigeons des législateurs transparence et responsabilité. Unissons-nous entre médias et avec les autres industries culturelles. Utilisons l'IA de manière responsable. Misons bien évidement sur le reportage original. Continuons d'expliquer aux rares lecteurs, et au public, pourquoi le « vrai » journalisme est fragile mais essentiel, voire vitale. Et que son approche sensible du monde ne saura jamais être l'œuvre d'une IA.

Pourquoi cela nous – et vous – concerne ? Parce que derrière la querelle juridique, c'est le modèle même du journalisme d'enquête qui vacille. Si plus personne ne paie ceux qui vont sur le terrain, l'IA n'aura bientôt plus rien à synthétiser sinon du vide, ou de la propagande. Parce que si le patron du journal le plus puissant du monde en est réduit à tirer la sonnette d'alarme, c'est que le commandant de bord a déjà sauté de l'avion – et qu'il est temps de chercher des parachutes.

Et puis, il faut bien le dire : nous avons tous notre part de responsabilité. La tentation est grande, trop grande, de laisser les machines penser à notre place. De céder à cette paresse si humaine qui nous pousse à accepter sans vérifier, à partager sans lire, à croire sans comprendre. Mais renoncer à l'effort, c'est offrir aux algorithmes un boulevard.

À nous, lecteurs, citoyens, de rester éveillés : de douter, de recouper, de résister à la facilité. Car une démocratie ne s'effondre jamais d'un coup, elle se délite quand chacun renonce à exercer son jugement. Et comme aurait dit Théophraste, philosophe grec du IVᵉ siècle avant notre ère – non, ce n'est pas un influenceur – « l'oisiveté est la mère de tous les vices ».

D'ici là, restons forts, inspirés… et moins connectés.

Et rappelons‑nous que le combat passe aussi par un geste simple : s'abonner à Embarquements, un journal papier 100 % indépendant et à l'intelligence 100 % humaine.

Stéphane Dugast


* Référence à Michel de Nostredame, dit Nostradamus (1503-1566), médecin et astrologue provençal, auteur des Prophéties, recueil de quatrains interprétés depuis comme annonçant l'avenir. Figure majeure de l'imaginaire français, symbole du visionnaire face à l'incertitude.

TROIS QUESTIONS À …
François Garde, écrivain
Ancien haut fonctionnaire, François Garde a longtemps servi l'État avant de consacrer une part croissante de sa vie à l'écriture. Depuis une quinzaine d'années, sa plume guide ses projets, ses voyages et sa curiosité. Son dernier ouvrage est un dictionnaire insolite qui nous emmène à la découverte des régions polaires. Entretien.
propos recueillis par Stéphane Dugast
à lire en page 3 du journal Embarquements n°21
à lire également : Dictionnaire insolite des pôles, de François Garde, éditions Cosmopole, 2026, 192 pages
en savoir plus : editionscosmopole.com

RÉCIT
Mont d'Iberville, sur le fil du rasoir
Au nord-est du Québec, entre ours noirs et brouillard, Franck Junod devient le premier Français à fouler le sommet du mont d'Iberville. Contraint de partir avec une agence de voyages, indispensable pour bénéficier d'une arme à feu au sein du parc national Kuururjuaq, il raconte des heures d'escalade sur une arête large comme un fil, loin de tout secours.
texte et photos : Franck Junod
à lire en page 4 du journal Embarquements n°21
en savoir plus : instagram

IMMERSION
Le chant des glaces
Wittou, au cœur de la civilisation du phoque, c'est une expérience immersive au sein de l'exploration polaire, sur les pas de Paul-Émile Victor. Pensé comme une boîte à histoires, le dispositif projette des images à 360 degrés sur quatre murs et un sol pour envelopper le public. La voix off, reconstituée à partir d'archives, est celle de l'explorateur lui‑même, comme s'il revenait du froid pour confier ses souvenirs. Frissons garantis, cet été à Paris.
texte et photographies : Étienne Turpin
à lire en page 6 du journal Embarquements n°21
en savoir plus : musee-marine.fr

ENTRETIEN
L'esprit sain
Entrepreneur spécialisé dans la philatélie et la presse, Gauthier Toulemonde aime à arpenter notre planète depuis une vingtaine d'années, de préférence en bivouaquant 40 jours en solitaire dans des territoires sauvages et isolés. Il nous raconte sa dernière robinsonnade qui s'est déroulée cette fois dans les Alpes suisses, l'hiver aux trousses.
propos recueillis par Stéphane Dugast
à lire en page 7 du journal Embarquements n°21
à lire également : Sur la Ligne de crête, de Gauthier Toulemonde, éditions F. Deville, 2025, 180 pages
en savoir plus : editionspaulsen.com

REPORTAGE
Cité des morts, les vivants délogés
L'une des plus vastes nécropoles du monde musulman est en train d'être démolie. Fondée au VIIᵉ siècle, al-Qarafa abrite de nombreux tombeaux toujours en usage. Un cimetière de plus de 1 000 hectares qui a la particularité d'être habité par des milliers de familles. Nichée au cœur de la capitale égyptienne, cette « Cité des morts » est grignotée depuis 2020 par divers aménagements et ce, malgré sa reconnaissance par l'UNESCO et l'opposition des descendants. Les habitants, eux, sont incités à partir.
photographies : Antoine Merlet | texte : Julien Pannetier
à lire en page 8 du journal Embarquements n°21
en savoir plus : antoinemerlet.cominstagram

EXPÉDITION
Misool, sur les traces des premiers hommes
Si le nom de Misool ne vous dit rien, il est temps de découvrir l'une des quatre perles des Raja Ampat, à l'extrême ouest de la Papouasie indonésienne. Un paradis pour les plongeurs, mais surtout un trésor de la préhistoire. Récit d'un spéléologue-archéologue engagé.
texte et photographies : Luc-Henri Fage
à lire en page 14 du journal Embarquements n°21
en savoir plus : fage.fr

CHRONIQUE LITTÉRAIRE
Bienvenue à bord !
Deux voiliers pour traverser l'Atlantique, un brise-glace pour atteindre l'Antarctique, un bathyscaphe et quelques ballons pour battre tous les records – sans oublier un camion-poubelle pour sillonner Montréal, été comme hiver. Prêts à embarquer pour de nouvelles aventures littéraires ?
par Magali Brieussel | en partenariat avec La Géosphère, librairie de voyage à Montpellier
à lire en page 2 du journal Embarquements n°21
en savoir plus : librairiegeosphere.com

EMPREINTE
Japoniards : l'appel du mont Blanc
Ils sont venus des sommets du Japon pour conquérir ceux du mont Blanc. Dans les années 1960-1970, une poignée d'alpinistes nippons s'installent à Chamonix, alternant petits boulots et grandes ascensions. Une histoire méconnue, faite de courage et de discrétion, qui a tissé un lien durable entre deux cultures de la montagne.
texte et photographies : Antoine Merlet
à lire en page 16 du journal Embarquements n°21
en savoir plus : antoinemerlet.cominstagram

CABINET DE CURIOSITÉS
Martinique, l'effet papillon
Depuis plus de dix ans, Nicolas Moulin arpente les milieux naturels de la Martinique à la recherche de papillons. L'été dernier, avec le photographe Lucas Lepage, il s'est attaqué à la montagne Pelée, un volcan du nord de l'île classé à l'UNESCO. Une expédition de 10 jours, loin de tout, pour prospecter des zones jamais explorées par les entomologistes.
texte : Nicolas Moulin | photographies : Lucas Lepage
à lire en page 18 du journal Embarquements n°21
en savoir plus : nmentomo.frlucaslepage.com

PORTRAIT
Louis Meunier, la voix des sommets
Il a traversé l'Afghanistan à cheval, filmé les vallées du Pamir, dormi sous les yourtes kirghizes. Aujourd'hui, Louis Meunier transforme ses années de terrain en un roman initiatique où soufflent les vents puissants des sommets afghans.
texte : Stéphane Dugast
à lire en page 20 du journal Embarquements n°21
à lire également : Le Roman d'Alexandre, de Louis Meunier, éditions Calmann-Lévy, 2026, 358 pages
en savoir plus : calmann-levy.fr


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