mentions légales politique de confidentialité

copyright © 2021 Embarquements
#6
Été 2022
 édito   « Connaissez-vous des noms d'explorateurs ? D'aujourd'hui ? Ou du passé d'ailleurs ? — Eh M'sieur, oui… une femme en plus : Dora l'exploratrice ! ». Éclats de rire général dans la classe de seconde technologique du lycée Léon Blum au Creusot, où je tiens une conférence ce matin-là. L'heure est à toutes les curiosités. Intervenir ici en milieu scolaire n'est pas anodin, et même d'utilité publique. Troisième ville du département de la Saône-et-Loire – après Chalon-sur-Saône et Mâcon (la préfecture) – Le Creusot, 21 200 habitants environ, a jadis été une cité prospère grâce à son bassin houiller exploité dès le Moyen Âge, puis de façon industrielle à partir du XIXème siècle et ce jusqu'à l'orée du troisième millénaire. Depuis, cette agglomération de la Bourgogne du sud souffre économiquement et démographiquement parlant. Pour autant, des élus, des décideurs, des éducateurs et des citoyens s'activent et multiplient les projets comme celui du jour à l'adresse des adolescents.

Avec mes acolytes, Bruno et Julien, photoreporters et co-fondateurs de ce journal, ainsi qu'Hanicka, à l'initiative de ce projet éducatif, nous sommes les invités, et le « fil rouge » de deux journées en milieu scolaire consacrées à la sensibilisation et à la lutte contre les discriminations. L'occasion de parler à 350 collégiens et lycéens de notre métier, et plus spécifiquement du sujet des migrants. Le grand reportage se partage aussi dans le blanc des yeux, « histoire parfois de rallumer des étoiles », me plais-je à dire.

Là-bas, les lumières se sont, en revanche, éteintes pour elles. Elles qui étaient à l'honneur et en couverture de notre précédent numéro. Notre façon de mettre en lumière un pays oublié des médias, et de faire écho à l'obligation récente qui leur a été imposée de devoir dorénavant porter un voile intégral en public. Elles, ce sont les femmes afghanes. Premières cibles de la doctrine des talibans, elles voient leurs acquis chèrement gagnés réduits à néant par les maîtres de leur pays. À leur retour au pouvoir l'été dernier, les talibans avaient pourtant promis de se montrer plus souples et plus tolérants en la matière. Ils ont renié leurs engagements. L'histoire se répète, et l'issue est dramatique. Ne les oublions pas !

Ne verser ni dans le simplisme, ni dans le manichéisme, et encore moins dans le conformisme, tel est notre leitmotiv d'Embarquements, la preuve dans ce numéro 6. Direction la Russie, afin de nous intéresser non pas à Poutine (et sa clique) mais à un peuple opprimé : les Saamis de la péninsule de Kola. Eux qui se sont mieux adaptés au blizzard qu'au communisme, eux dont le pouvoir a voulu éradiquer toutes les traditions. Grâce à l'œil de Natalya Saprunova, opportunité nous est ainsi offerte de découvrir ce peuple fier de sa culture, mais aussi de vivre dans la modernité, comme en atteste d'ailleurs notre couverture colorée et lumineuse. Un grand reportage signé d'une trentenaire venue elle aussi de l'Arctique russe, et formée au photojournalisme en France. Citoyenne du monde, Natalya est une photoreporter qui affectionne les sujets de société, d'ici et d'ailleurs, liés à l'identité, à la jeunesse, à l'immigration, à l'environnement et à la spiritualité.

Avec Michel Izard au Botswana, Jean-Christian Kipp en Ukraine ou encore Volodia Petropavlovsky aux États-Unis pour ne citer qu'eux, nous faisons nôtre la devise d'Albert Londres, grand reporter et modèle en son genre : « Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ». Avec le journal Embarquements nous incombe, en effet, la mission de vous « éclairer » autrement sur un monde certes fragmenté, mais où subsistent heureusement des « îlots de lumières », et des raisons d'espérer. Une question de sensibilités en somme.

En photographie, la sensibilité à la lumière se mesure et se corrige. Elle est de surcroît une donnée essentielle pour assurer la meilleure exposition, et réaliser des images lisibles, compréhensibles. Une allégorie parfaitement raccord à notre état d'esprit du moment, vaillant et conquérant. Nos métiers-passions nous portent, comme les rencontres que nous faisons sur tous les terrains, et qui nous réservent des surprises.

Au lycée Léon Blum, un élève a d'ailleurs eu une réponse percutante : « L'exploration, c'est quoi ? C'est aller là où les autres ne vont pas. C'est aussi conquérir le cœur des hommes, mais surtout faire du bien avant qu'il ne soit trop tard ».

Thèse, antithèse, synthèse. Vous avez 2 heures avant que je ne ramasse les copies. D'ici là, restons forts et inspirés,

Stéphane Dugast


Philosophie


Créateurs


Actualités